L’année de la pensée magique

7098601cf1cee815a60d896e0dc309d13acf629c

J’emprunte ce titre à Joan Didion et à son livre qui comme une évidence a accompagné ma fin d’année. Je lui emprunte aussi cette formule de « pensée magique ». Ces pensées salvatrices, fugaces ou enveloppantes qui n’appartiennent qu’à nous pendant les moments de tourmentes, de bouleversement, de réalité trop sombre pour être soutenue.

Dans son livre Joan Didion raconte la mort soudaine de son mari. Comment elle y fait face, comment on rentre en « deuil ». Qu’est ce que ce mot veut dire ? Qu’est ce que ça recouvre ? C’est une expérience unique pour chacun, du ressenti physique jusqu’à cette part d’irrationnelle qui surgit pour tempérer la douleur. Cette lecture, assez clinique au fond, m’a apporté quelques point de compréhension de ma propre affliction.

J’ai passé une année particulière. J’ai passé une année à chercher mon salut mais je dois peut-être encore attendre un peu. C’est ce que je me dis. je n’ai peut être pas encore le bon plan pour sortir du labyrinthe. Cela ne m’empêche pas de fonctionner à peu prés normalement. Cela n’empêche pas ma nature optimiste d’imaginer des issus favorables, des jours meilleurs. Cela ne m’empêche pas… MAIS
Je suis cependant en colère et je n’ai pas envie de l’être. Je suis plus amère et je n’aime pas l’être. Je n’aime pas m’entendre dire ou penser certaines choses. Je me sens inquiète, instable, comme animée par une crainte silencieuse que des serpents perfides tournent autour de moi (c’est une image bien sur, je ne vis pas dans un vivarium) et c’est fatiguant.
Cette inquiétude et cette expérience de la douleur me rendent plus vulnérable. Et cette vulnérabilité là, presque existentielle, m’a désarmé. J’ai l’impression qu’elle m’a « prise » quelque chose.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort disait l’autre. Vraiment ? Il faudrait sans doute voir au cas par cas mais beaucoup de gens expérimenteront l’inverse. Et de toute façon « devenir plus fort » ne se produira pas du jour au lendemain.
Donc si l’envie vous prends de taper sur l’épaule d’un de vos proches en « crise » en lui ânonnant « ce qui ne tue pas nous rends plus fort ! » ? Sil vous plait. Ne le faites pas. (Mais que cette pensée vous fasse du bien ou que vous l’ayez vérifié personnellement, c’est bien pour vous)

Quand votre foi en la vie se met à vaciller, cette impression de perdre pied et de devoir subitement rééduquer votre cerveau, votre corps, votre mode de fonctionnement, ce n’est pas un slogan perçu comme une injonction à se rétablir si possible vite, dignement, sans apitoiement et impudeur et en étant plus « fort » qu’avant, qui va vous aider. Cette notion de force d’ailleurs n’est même pas si intéressante que ça.
Qu’opposer à la détresse ? Est une question bien plus cruciale.

Je pense aux mots de la philosophe Simone Weil , qui m’ont beaucoup accompagnés cette année (La personne et le sacré) :

Toutes les fois que surgit au fond d’un cœur humain la plainte enfantine que le christ lui-même n’a pu retenir « pourquoi me fait on du mal » il y a certainement injustice. Car si, comme il arrive souvent c’est là seulement l’effet d’une erreur, l’injustice consiste alors dans l’insuffisance de l’explication

Il ya depuis la petite enfance jusqu’à la tombe, au fond du cœur de tout être humain, quelque chose qui, malgré toute l’expérience des crimes commis, soufferts et observés, s’attend invinciblement à ce qu’on lui fasse du bien et non du mal. C’est cela avant toute chose qui est sacré en tout être humain

Et maintenant, cap sur cette nouvelle année. Un changement d’année et les joies que nous nous souhaitons durant ces douze mois à venir sont en soi des pensées magiques.

Publicités